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L’affaire Wikileaks est d’une importance capitale. - 05 décembre 2010

Sa « surmédiatisation » soulève de nombreuses questions, et suscite finalement beaucoup d’amalgames.

 

 

A / Wikileaks, c’est d’abord un vaste cambriolage de données d’Etats confidentielles.

 

Des inconnus, (probablement bien placés dans les administrations concernées, et à ce jour principalement américains) envoient au site wikileaks.org/ des informations chiffrées (c'est-à-dire anonymes et « intraçables ») qui sont vérifiées et classées par les « Assange boys » puis publiées en ligne. Elles deviennent ainsi accessibles à tous.

 

La plupart des informations concernant les politiques français révélées par la presse nationale sont issues de rapports des services américains. Pour l’instant, je n’ai pas eu connaissance de « leaks », issues d’un organisme hexagonal. Si c’était le cas, nous aurions affaire à une divulgation d’informations  classées, ce qui est un délit au regard de la loi française, il serait alors traité comme tel par les services idoines.

 

La sur-médiatisation de ce fait d’armes de Wikileaks conduit au débat généralisé de savoir :

- S’il est légitime que des Etats conservent des informations confidentielles.

Pour moi,  bien évidemment la réponse est : oui.  C’est nécessaire afin d’assurer la sécurité de l’Etat et de nos concitoyens. L’attitude contraire relève de l’angélisme.

- Si, malgré la révolution numérique, il existe encore un moyen de protéger ces informations classées.

Là, je dois avouer que cette dernière question me laisse perplexe car de tous temps, il y a eu des vols d’informations confidentielles…

La question que je me pose est plutôt la suivante : à qui profite le crime ?

Est-il juste le fait d’un libertaire, voulant faire un coup médiatique planétaire en montrant la fragilité de certains organismes de sécurité, ou est-il  le signe avant coureur d’une menace beaucoup plus grave ?

Tant que les Etats n’auront pas la réponse à cette question, il est absolument normal et essentiel que chaque Etat concerné par l’affaire Wikileaks prenne cette affaire au sérieux.

Cela ne doit émouvoir personne.

 

B/ Wikileaks/OVH/Ministre Besson/CGIET

 

Parlons maintenant de l’inquiétude des internautes, après l’annonce faite par le gouvernement, qui veut interdire l’hébergement de ces informations sur des serveurs français…certains crient à la censure…

 

Quels sont les faits, tels que je les comprends ?  :

Le ministre de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique, Eric Besson, a demandé au Vice-président du Conseil Générale de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies (CGIET) de lui indiquer comment il pouvait faire interdire l’hébergement de Wikileaks en France.

 

Dont acte.  On imagine que les Etats Unis ont du demander à la France la plus grande fermeté à l’égard d’un site ayant violé la loi américaine et mettant en danger les sources des services d’espionnage américain dans plusieurs pays.

Personnellement, il ne me semble pas injustifié que la France, pays ami, essaye de contribuer à la protection d’informations concernant la sécurité américaine – et ce, bien sûr dans le respect de la loi Française -

 

Cette position semble avoir beaucoup ému la communauté « geek » en France.

Personnellement, je n’y trouve rien à redire. C’est le rôle du CGIET de répondre à la question de son ministre de tutelle, en liaison avec les autres ministères concernés que sont les affaires étrangères, la défense et la justice, comme le précise la lettre du Ministre au Vice-président du CGIET.

Le CGIET répondra sans doute que seul le juge peut décider du contenu illicite d’un site,  lui seul peut alors demander à l’hébergeur de bloquer l’accès à ce site.

 

Cette mesure n’est que l’application de la loi française, LCEN, et n’a dans l’absolu, rien à voir avec Wikileaks, elle n’est pas une soi-disant nouvelle atteinte à la liberté de publier : ses fondements sont bien antérieurs à cette affaire.

Le directeur général d'OVH, Octave Klaba, qui se définit comme un  «prestataire technique», déclare que ce n’est «pas au monde politique ni à OVH de demander ou de décider de la fermeture d'un site, mais à la justice».

Je partage son avis, c’est à la justice d’en décider : c’est pourquoi je salue le fait qu’Octave Klaba ait saisi le juge des référés pour savoir si sa responsabilité d’hébergeur pouvait être engagée pour avoir accueilli les contenus de Wikileaks.

 

Nous ne sommes donc pas à l’aube d’avoir en France un "web iranien" ou "à la chinoise".

 

Je regrette que l’on puisse ainsi déformer les intentions du gouvernement. Je reste très attachée à la saisie et la décision de l’autorité judiciaire, dès lors que l’on veut retirer un contenu d’un site Internet.

La détermination du caractère licite ou illicite d’un site reste et doit rester du ressort de la justice.

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