S'abonner aux flux R.S.S. - Laure de la Raudière

J'inaugure le 1er Forum Parlementaire de l'Intelligence Artificielle ce 14 novembre 2017. - 14 novembre 2017

Voici mon discours :

 

Mesdames, Messieurs,

 

C’est toujours un honneur et un plaisir pour moi de co-parrainer avec un collègue député des rencontres parlementaires sur les enjeux du Numérique, et je voudrais saluer l’initiative du Cabinet RM Conseil d’organiser ainsi ce colloque sur avec de nombreux parlementaires, tant les défis que suscite l’Intelligence Artificielle sont hautement stratégiques et politiques !

 

Avec mon ancienne collègue Corinne Ehrel, trop tôt et brutalement disparue, nous avions commencé à y réfléchir dans le mandat précédent dans le cadre de notre mission sur les objets connectés, sur l’exploitation des données collectées par des technologies de big data et par des algorithmes d’intelligence artificielle.

 

Nous avons eu le sentiment d’ouvrir une boite de Pandore : enjeux économiques majeurs, comme sur tous les sujets numériques où deux pays, les US et la Chine, dominent le monde, enjeux de souveraineté des Etats et notamment de la France, si des entreprises étrangères souvent très proches des Etats, en savent plus sur chacun d’entre nous, que nous-même, enjeux de souveraineté de l’individu, si toutes les décisions sont prises à notre place et que nous ne savons plus reprendre la main sur la machine, enjeux sociaux où plus de 50% des métiers n’existent pas aujourd’hui et où bon nombre d’emplois traditionnels vont disparaître, enjeux liés à la mutation de notre société face à cette révolution numérique…

 

 

Voilà dix ans qu’avec quelques-uns, je mène un combat politique pour porter les enjeux du Numérique dans le débat public, pour faire de la pédagogie, pour démontrer que nous avons tous les atouts en France pour réussir cette mutation. Il faut que la prise de conscience politique soit à la hauteur des enjeux et les rencontres comme celle d’aujourd’hui y contribue !

 

Je suis convaincue que l’innovation et le numérique, bien utilisés, rendront le monde plus performant. A nous de le rendre meilleur !

 

L’esprit créatif Français est un atout considérable dans ce siècle de l’innovation, à condition qu’on lui fasse confiance. Beaucoup de choses ont été initiées et nous devons nous réjouir du dynamisme de la Frenchtech, du talent de nos entrepreneurs, et de la qualité de nos formations scientifiques.

La poussée entrepreneuriale dans le pays est une chance inouïe, nous devons l’encourager, nous devons la conforter, nous devons l’aider, nous devons faciliter le développement de ces entreprises, en leur donnant un terrain de jeux où les règles et l’environnement fiscal soient équivalents à ceux des autres pays européens. Certaines réformes entreprises par l’actuel gouvernement vont dans ce sens, je pense que notre Ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, qui nous fait l’honneur d’intervenir en clôture, reviendra sur ces sujets.

 

La vie politique s’est profondément renouvelée, avec une nouvelle génération d’élus, avec plus de scientifiques, plus d’ingénieurs, plus de personnes issues des métiers du numérique. Et c’est une bonne chose. Le chef de l’Etat, lui-même, est parfaitement conscient des enjeux et perçoit bien comment l’impact des technologies et de l’intelligence artificielle va transformer toutes les filières économiques, modifier l’emploi en profondeur.

Et ce qui est vraiment nouveau, c’est qu’il n’aborde pas cette difficulté comme dans le passé, en se disant « protégeons l’ancien monde, cela durera bien encore 5 ans comme cela et ce faisant il construisait des digues de sables comme au temps d’Hadopi ou de la guerre des VTC/Taxis.

Mais il l’aborde clairement avec l’ambition que la France puisse devenir leader dans le développement de l’Intelligence Artificielle, en défendant nos valeurs de société, et c’est bien le sens de la mission qu’il a confié à mon collègue et co-parrain de ce colloque, Cédric Villani…  et il veut que tous les Français soient en mesure de se former tout au long de leur vie pour trouver un emploi et leur place dans cette nouvelle société.

 

 

Quand je pense aux potentialités de l’Intelligence Artificielle, je vois des améliorations considérables de certaines politiques publiques comme dans le domaine de la santé ou de l’éducation. L’IA et les nouvelles technologies appliquées à la santé permettent de transformer le parcours de soin pour mettre le patient au cœur du dispositif, tout en le soignant mieux et sans doute avec une efficacité nous permettant de réduire les dépenses.

 

Passer de la médecine curative, avec une petite dose de médecine préventive, à la médecine prédictive, peut nous faire faire des économies et nous apporter un confort de vie indéniable. Permettre le suivi de pathologie par une infirmière à domicile dûment équipés d’outil d’aide à la décision et bien connectée au médecin, permet à la fois un meilleur suivi et moins de stress dans les trajets et l’attente dans les hôpitaux.

 

Nous devons donc lever tous les freins de conservatisme de notre pays, de chapelles entre médecine hospitalière et médecine de ville, entre médecins et autres professionnels de santé, afin d’améliorer grâce à l’Intelligence Artificielle et aux nouvelles technologies, notre façon de soigner. Rassurez-vous : il y aura toujours besoin d’humains pour nous soigner, nous accompagner, nous aider, nous rassurer… tant c’est angoissant d’être malade.

 

 

Dans le domaine de l’éducation, l’Intelligence Artificielle va permettre d’adapter les modes d’apprentissage à l’élève, permettant par une plus grande individualisation de l’apprentissage d’obtenir de meilleur résultat. Et cela vaut aussi pour l’enseignement supérieur ou la formation professionnelle.

 

Mais voulons-nous que ces politiques publiques soient conçues par des entreprises américaines ou chinoises pompant avidement au passage l’ensemble de nos comportements les plus intimes ?

 

La mainmise presque totale sur les algorithmes par les chinois et américains, c’est-à-dire sur le « savoir-faire » ; et sur les bases de données qui sont la « matière », ouvre la possibilité d’une prise de contrôle de nos destins sans que nous ayons notre mot à dire. N’est-il pas inquiétant que le destin d’une nation échappe à ceux que le peuple a élu ?

Rappelons-nous les propos de Vladimir Poutine le 1er septembre dernier : « le pays qui maîtrisera l’intelligence artificielle dominera le monde ». De quoi nous inquiéter, quand on voit la puissance quasi étatique des géants de l’Internet que ce soit Google, Facebook, Alibaba ou Baidu…

 

Au sens étymologique l’intelligence politique, c’est la compréhension des souhaits des hommes. Cette intelligence, sera probablement la dernière à devenir artificielle. Les politiques sont donc à la pointe du combat qui s’annonce, et il est primordial qu’ils s’y intéressent.

Alors, oui, ce colloque parlementaire vient fort à point, car les politiques ont un besoin vital de connaissance sur l’impact des algorithmes d’intelligence artificielle sur le quotidien des Français.

 

 

Pour paraphraser Romain Gary, « Il est plus tard que nous ne le pensons »

L’ère industrielle a bouleversé le monde en un siècle, l’Internet en quelques dizaines d’années seulement, et le Smartphone ou la connexion permanente se sont imposés en moins de dix ans.

 

Alors, est-il raisonnable d’imaginer une seule seconde que la révolution de l’intelligence artificielle va prendre son temps ?

Elle est déjà bien présente, et elle va envahir notre quotidien à avec une rapidité d’autant plus certaine que chacun des foyers français est équipé.

Par rapport aux grands bouleversements de notre histoire, l’Internet portable et l’intelligence artificielle, ont en commun une dimension d’omniprésence (temporelle, spatiale et sociale) inconnue jusqu’à maintenant.

Les grands bonds techniques du passé ont souvent laissé de côté une grande partie de l’humanité, ce ne sera pas le cas du règne des algorithmes et de l’intelligence humaine augmentée.

 

Le premier point qui devrait être au centre de nos réflexions, c’est notre capacité à développer des géants mondiaux de l’Intelligence Artificielle en Europe. Aujourd’hui, nous en sommes loin. J’appelle de mes vœux un véritable agenda numérique et un fonds européen pour financer les ruptures technologiques liées au numérique, dans tous les secteurs

Le deuxième point, à mon avis, c’est l’adaptation de l’emploi, et des parcours de travail, aux mutations économiques actuelles. La transformation de la formation initiale ou professionnelle est un enjeu majeur : il y a urgence à mieux utiliser les 35 Mds qui y sont consacrés.

La réflexion sur l’adoption d’un revenu universel – sous forme de crédit d’impôt par exemple et en lieu et place de toutes les allocations – doit à mon avis être relancée maintenant, bien avant les tumultes d’une campagne présidentielle. Nous devons être prêt à savoir accompagner de façon plus souple, moins couteuse aussi en frais administratifs, des parcours professionnels qui n’auront plus rien de linéaires

L’autre point qui devrait être au centre de notre réflexion politique, c’est celui de la propriété de nos données personnelles Les algorithmes se nourrissent des données pour pouvoir être plus pertinents, plus efficaces dans leur prédiction et dans leur décision. Mais n’est-ce pas l’éventuelle fin de la vie privée, à laquelle je refuse de me résoudre, car ce serait la fin de la démocratie ?

 

Comment trouver le juste équilibre entre le progrès qu’apporte indéniablement les services de l’Intelligence Artificielle et l’abandon de notre souveraineté individuelle qui passe par le droit à une vie privée ?

Ce sont quelques enjeux, que ne manqueront pas d’évoquer nos prestigieux conférenciers de ce colloque.

C’est un sujet passionnant : quelle place demain de la décision humaine dans un monde qui fonctionnera de façon totalement numérisée ?

Pensons le monde avec l’homme au cœur ! C’est essentiel que nous travaillions d’un point de vue politique sur ces enjeux, et que la France contribue avec ses idées et lance le débat au niveau européen.

 

L’intelligence artificielle n’est pas l’intelligence humaine avec sa spontanéité, sa créativité et sa prospective unique.

Les plus beaux algorithmes du monde travaillant sur les plus belles bases de données n’aboutiront jamais qu’à des conclusions déduites d’une montagne d’octets, donc du passé.

Seul l’homme est capable de transcendance et de réflexion alternative, seul notre cerveau est capable d’imaginer une pirouette technique, ou un pied de nez stratégique.

 

Ce privilège, c’est notre avenir. Nous devons le protéger.

 

Merci de votre attention

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Pseudo (requis)

Mail (requis) - Ne sera pas publié

Commentaire

Code sur l'image ci-contre

Cette étape permet d'éviter les messages automatisés.

   


Partager